Le régime équato-guinéen se lézarde. Le cousin germain du président Obiang Nguema dénonce les dérives du système et appelle à une ouverture politique pour éviter l’explosion d’une bombe à retardement.
Marcelino Mba Ovono n’a pas le profil à recruter des mercenaires. Cet ancien haut fonctionnaire au ministère des Finances, éduqué au Gabon et en France, a fui son pays il y a deux ans menacé d’être jeté en prison par son cousin pour avoir demandé à la veille des présidentielles la libération des prisonniers politiques.
Réfugié aujourd’hui en France, le leader du mouvement républicain pour la liberté du peuple opprimé de Guinée Equatoriale souhaite voir son pays changer et s’ouvrir progressivement à la démocratie. Pas question de prendre les armes. L’évolution doit se faire pacifiquement dans l’intérêt de la population mais également du chef de l’Etat qui est assis sur une « bombe à retardement », explique Marcelino Mba Ovono.
M. Mba Ovono dénonce également l’ingratitude d’Obiang Nguema à l’égard du Cameroun, du Gabon, de la France et des pays d’Afrique centrale.
Vous êtes le cousin germain du président de Guinée Equatoriale et pourtant vous avez fui le pays. Que reprochez-vous à Teodoro Obiang Nguema ?
Marcelino Mba Ovono : Je suis parti en raison de l’impasse politique dans laquelle se trouve ce pays. A la veille la dernière élection présidentielle, j’ai voulu donner un conseil au président Obiang en l’invitant à libérer les prisonniers politiques. Un geste fort à l’endroit de la communauté internationale. Non seulement il ne l’a pas fait mais il m’a accusé d’être traître, un comploteur et j’ai été obligé de fuir en Europe précipitamment pour éviter la prison.
Depuis près de deux ans vous êtes réfugié politique en Europe. Que voulez-vous faire ? Prendre le pouvoir par les armes, renforcer la démocratie en Guinée. Bref quel est votre programme ?
Marcelino Mba Ovono : Le souhait de tous est de voir son pays prospérer. Je fais partie d’un collectif qui estime que la Guinée Equatoriale doit résolument avancer sur le chemin de la démocratie et de l’état de droit. C’est un pays très riche qui peut devenir un véritable moteur pour toute l’Afrique centrale. Or, le président Obiang Nguema gère ce pays comme une affaire familiale.
Justement beaucoup en Europe et aux Etats-Unis reprochent au N°1 équato-guinéen de gérer le pays comme un business
LA GUINEE EQUATORIALE EST GEREE COMME UNE EPICERIE
Marcelino Mba Ovono : Le fils du président, Teodorino, a toujours dit publiquement que son père et lui géraient la Guinée Equatoriale comme ils le voulaient. La guinée, c’est Obiang Nguema, son épouse, son frère, son fils. Bref, une épicerie familiale. Si vous souhaitez faire des affaires aujourd’hui dans le pays, vous serez obligés de passer par ces personnages incontournables. Nous souhaitons en finir avec ce système et que la Guinée puisse un jour avoir des élections démocratiques. La Guinée Equatoriale doit se doter d’une bonne image. Ce dont elle ne dispose manifestement pas aujourd’hui.
Troisième producteur de pétrole d’Afrique subsaharienne, à quoi servent les revenus de l’or noir ? On a le sentiment que rien n’a changé pour la population.
Marcelino Mba Ovono : 600.000 barils de pétrole sont produits chaque jour pour une population estimée à 500.000 habitants, ce qui représente un petit quartier de Douala au Cameroun. Or, quand vous débarquez en Guinée Equatoriale vous constatez qu’il n’y a pas d’eau potable, de routes goudronnées, d’hôpitaux. Le système scolaire est en ruine ; rien n’est entrepris dans le secteur social. Et il sera difficile de trouver quelqu’un à Malabo ou à Bata pour vanter les mérites des grandes réalisations d’Obiang.
Après avoir « vendu » le pays aux Etats-Unis, on a l’impression qu’Obiang Nguema fait marche arrière en nouant des accords très étroits avec la Chine. Comment interprétez-vous ce changement de cap ?
Marcelino Mba Ovono : Les nouvelles alliances d’Obiang sont très opaques. On ignore ce qu’il veut faire avec les Américains ou avec les Chinois. Il n’y a pas de gestion transparente des affaires de l’Etat. Je tiens également à souligner un trait de caractère du N°1 équato-guinéen, c’est son ingratitude. Ingratitude à l’égard de la Francophonie et de la France. Car dans les années 80 lorsque le pétrole ne coulait pas à flots et que les choses étaient difficiles, le monde francophone avait beaucoup aidé le pouvoir.
Or aujourd’hui, Obiang n’a plus grand-chose à faire de la France ou de ses voisins francophones d’Afrique centrale.
Justement, quelles sont les relations entre Malabo et les pays de la région. Obiang est-il respecté ou jalousé par ses pairs africains ?
Marcelino Mba Ovono : Pour être tout à fait honnête, il faut dire que Teodoro Obiang Nguema n’a pas de poids politique dans la sous-région. Et puis l’homme a la mémoire courte. Quand le pays était plongé dans la pauvreté, ce sont les pays d’Afrique centrale qui l’ont aidé ; particulièrement le Cameroun et le Gabon. Pendant des années, Libreville a donné de l’argent pour combler le budget national au bord de la banqueroute. Regardez de quelle façon Obiang traite Omar Bongo Ondimba aujourd’hui. Cela vous en dit long sur le comportement du président de Guinée Equatoriale. Il y a quelques années, Obiang venait à Libreville 4 à 5 fois par an, mais aujourd’hui, c’est fini.
Comment envisagez-vous de mettre fin au régime actuel à Malabo ?
Marcelino Mba Ovono : Nous sommes des démocrates. Par conséquent, je ne vois aucune raison d’utiliser la voie de la violence. D’ailleurs notre peuple est pacifique. Ce n’est pas le cas d’Obiang qui avait utilisé la force pour arriver au pouvoir. Dans les années 80, le chef de l’Etat équato-guinéen avait fait quelques ouvertures démocratiques mais depuis, il a refermé le couvercle. D’ailleurs, Obiang n’a ni besoin, ni envie de mettre en place un régime démocratique.
Notre objectif est qu’Obiang ouvre peu à peu le système. La Guinée Equatoriale est une bombe à retardement ; il y va de l’intérêt du peuple et de son propre intérêt s’il veut se maintenir au pouvoir. J’espère qu’un jour Obiang Nguema pourra comprendre cela et travailler en bonne intelligence avec le collectif de l’opposition
La balle est donc dans le camp du pouvoir.
Propos recueillis par François Bocca
Fuente: afriquecentrale.info