Par Manuel Ruben N’dongo, écrivain franco-africain, Conseiller Diplomatique en relations internationales – Stratégiste consultant.
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Point de vue !
« De même que je ne voudrais pas écrire ce qui plaît aux virulents pourfendeurs de la Guinée équatoriale, je ne voudrais pas non plus que notre petite Guinée équatoriale - État souverain- soit soumise au diktat de délinquants armés sans foi, ni loi ».
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« S’il est plus facile de déclencher une guerre… ! Nul ne peut prédire comment elle pourrait se terminer… ! » dit un vieil adage.
Il y a quelques semaines (17 février 2009), la Guinée Équatoriale, indépendante depuis le 12 octobre 1968, reconnue le 12 novembre 1968 par les Nations Unies comme le 126e Etat souverain membre à part entière de l’ONU, a été victime d’une attaque d’une rare violence conduite par des groupes armés qui ont attaqué la capitale de la République ; prenant pour cible, par la même occasion, la résidence officielle du Chef de l’État. D’après de nombreux commentateurs, cette attaque aurait fait des victimes parmi les populations civiles.
Ce déchaînement de violence inouïe, que je condamne fermement, m’amène à poser ces quelques questions :
1.-) À qui profite le crime ?
2.-) Quelles étaient les intentions réelles du commando ?
3.-) Qui sont les organisateurs de ce commando expéditif, et pour quelles finalités ?
4.-) Pourquoi ce prélude à une guerre civile dans la petite Guinée équatoriale, pays qui n’a jamais menacé nul Etat et nulle puissance ?
Je ne connais pas, dans l’histoire de l’Afrique post-indépendante, un tel fait au cours duquel un groupe armé « non identifié » en provenance de l’extérieur, pénètre dans un pays, attaque le cœur du pouvoir d’un État souverain (palais présidentiel), tue des innocents, puis se retire incognito.
En Afrique, des précédents de convulsions politiques nous enseignent, de part et d’autre, que par le passé, il y eut des faits où les opposants armés, identifiés comme tels, attaquèrent ici ou là les régimes politiques qu’ils combattaient.
Ce fut le cas de la Côte d’Ivoire (les rebelles), du Libéria, de la Sierra Leone ou encore du Tchad, ravagé depuis tant d’années par une guerre civile. Ce pays qui, depuis la décolonisation, a vu, de bouleversements en bouleversements, la chute de plusieurs régimes politiques : de François Ngarta Tombalbaye à Felix Maloum Ngakoutou, en passant par Goukouni Oueddei et Hissène Habré… ! Tristes réalités.
Mais ce qui vient de se passer en Guinée-équatoriale est sans précédent.
Ce qui m’étonne le plus dans cette histoire d’agression contre un État souverain, c’est le silence complaisant de l’organisation de la « désunion africaine », oh, pardon ! de l’Union Africaine… et de l’ONU… évidemment.
À moins qu’il ne s’agisse là d’une histoire de gros sous, d’affaires de contrats de pétrole et de gaz, de manipulations de tous ordres et de néocolonialisme.
Mais encore une fois, le peuple, dépouillé et humilié dans sa chair, en sort la première victime de ce malheureux événement.
Dans les petites affres histoires secrètes d’amitiés, de couples ou de familles…, c’est bien connu que ce ne pas celle ou celui qui crie « fort » au « loup » en premier lieu qui soit forcément le bon ami sur lequel on peut compter.
Dieu seul sait que s’il y a un pays qui, de nos jours, compte le plus des vrais-faux amis, vrais-faux frères, vrais-faux neveux… vrais fausses relations d’affaires, c’est bien la Guinée-équatoriale. Évidemment, le pétrole qui coule à flots attire la convoitise de tous ordres… ! LA JEUNE FILLE EST BELLE ! Peu importe, pour vu qu’on trouve un « truc » qui trompe sa vigilance pour l’amadouer.
Mais au-delà de telle ou telle palabre exprimée ici ou là et donnant lieu à des « mésententes » politiques internes, au-delà de querelles de politique politicienne, je crois que rien ne peut justifier que l’on se désolidarise de son peuple lorsque celui-ci est victime d’une agression extérieure. De quelque nature qu’elle soit, une agression est une agression. Car un missile ou un obus qui rate sa cible et qui tombe sur un quartier résidentiel finira par faire des victimes parmi les populations civiles… innocentes.
Je ne crois pas que l’exemple des guerres civiles qui ont ravagé le Tchad, l’ex-Zaïre, la Sierra Leone, le Liberia ou la Côte d’Ivoire soient des exemples « démocratiques » à suivre. Combien de civils ont payé de leurs vies ? Combien de destructions des infrastructures ? Combien de tribalismes ravivés ? Combien de femmes violées ? Combien de veuves et d’orphelins ? Et combien de ravages sociaux ? Et enfin pour quelles finalités « démocratiques » au bout des canons et des fusils souillés par le sang ?
La Guinée-équatoriale est avant tout, notre terre ! Celle qui nous a été léguée par nos ancêtres ; c’est également sur cette terre-là que reposent en paix, nos parents, grands-parents, arrières et arrières grands-parents... ! Au vu de cette réalité, la question ne se pose même pas de la volonté de la défendre en toute circonstance.
Je suis enclin à penser que, dans toute chose, le dialogue et la concertation sont les seules voies possibles pour la résolution des conflits. L’esprit de responsabilité doit prévaloir. Ni l’argent, ni les puits de pétrole, ni quoi que ce soit ne doit pousser l’homme à commettre des actes qui détruisent un peuple et son âme. Après tout ! L’homme ne fait-il pas partie d’une espèce appelée à disparaître un jour, laissant derrière elle ces choses matérielles que sont l’argent, le pouvoir, le prestige. Sans compter les femmes ? Pourquoi s’entre-déchirer lorsque l’on sait que les ressources dont disposent les peuples sont suffisantes pour couvrir les besoins de tout un chacun ?
Les êtres que nous sommes doivent avoir présente à l’esprit la recherche du dialogue plutôt que l’affrontement. La guerre est une abomination, un facteur de destruction de l’âme du peuple qui en subit les conséquences.
Nous ne devons pas oublier que la Guinée-équatoriale, malgré ses ressources, est un petit pays de moins d’un million d’habitants dont une partie réside à l’étranger ; elle ne saurait faire face à une agression extérieure d’une grande ampleur, même équipée d’un armement sophistiqué. Car elle n’a pas été préparée à cela.
L’histoire des guerres victorieuses à travers les contrées nous enseigne que : « ce ne sont pas les armes qui font la guerre, mais les hommes qui les utilisent à bon escient pour sortir vainqueurs d’un champ de bataille… »
Dans le cas de la Guinée-équatoriale, L’UNITÉ NATIONALE des forces vives de la nation que j’appelle de tous mes vœux peut-être l’alternative viable face à la menace de déstabilisation qui pèse sur le pays. Elle peut aussi aider ce pays à conjurer le sort qui lui est désormais réservé par celles et ceux qui sont attirés par l’odeur de l’or noir.
L’histoire nous enseigne par ailleurs, que des conflits armés connus de nos jours dans des zones où abonde le fameux l’or noir (pétrole) naissent – dans le pire des cas – du fait des envieux que provoque cette « denrée » stratégique mondialement mal maîtrisée. La Guinée-équatoriale, contre son gré, se trouve aujourd’hui coincée dans la ligne de mire. La menace d’invasion… prélude de guerre civile s’agrandit de jour en jours.
Il n’est jamais trop tard ! Je crois qu’il est encore possible de rassembler le peuple équato-guinéen. Il n’est un secret pour personne aujourd’hui que ce petit pays, à cause de ses richesses, fait des envieux – comme je viens de le rappeler plus haut – et pour les mêmes raisons, est haï.
« Isolée » de son hispanité qui fait d’elle une singularité africaine, la Guinée-équatoriale doit se doter des instruments de réconciliation nationale pour multiplier ses moyens de défense contre l’adversité de visées expansionnistes.
De par un esprit de paix et de solidarité fraternelle qui m’amine depuis toujours, quels que soient leurs bords politiques, j’invite nos concitoyens – nourris par la soif de vengeance – qui pourraient être tentés par les « démons » des va-t-en-guerre, d’assouplir leurs positions face aux événements. Il faut de la modération et de pondération s’agissant de règlement des conflits politiques. En privilégiant la voie du dialogue pour bâtir la réconciliation nationale, je suis persuadé que les acteurs politiques nationaux toutes tendances confondues gagneraient en efficacité.
Je voudrais affirmer avec force, qu’aujourd’hui, mon combat n’est plus celui d’un groupe d’hommes contre tel ou tel appareil politique, ma démarche est celle d’un d’homme qui, de par ses réflexions politiques et philosophiques, tend à défendre les citoyens toutes ethnies et toutes races confondues au-delà des querelles politiciennes. Nous devons réunir nos forces pour sauvegarder la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Guinée-Équatoriale.
Il en va de l’avenir de nos futures générations. Car, sans la PATRIE, il n’y a pas de générations futures. !
C’est pour toutes ces raisons que m’est venue l’idée que si nous voulons léguer à nos enfants un pays souverain il est dès lors de notre intérêt de défendre la survie de la Guinée-équatoriale.
Il y a quelque temps, la Côte d’Ivoire avait été coupée en deux en raison d’une guerre civile incompréhensible qui a fait de nombreuses victimes innocentes. Mais grâce à la volonté d’un homme (M. Laurent Gbagbo) qui a compris le « piège » tendu à son pays, la Côte d’Ivoire est aujourd’hui engagée dans la voie de la pacification et de la réconciliation nationale. Car elle doit demeurer indivisible.
C’est ce qui me fait penser que la Guinée-équatoriale, pays altruiste et sage depuis la nuit des temps peut, elle aussi, conjurer « le mauvais sort ».
Grâce à une politique dynamique de réconciliation nationale, je suis convaincu que les autorités de Malabo gagneraient un point de plus en crédibilité internationale, donneraient une nouvelle dimension à l’édifice de la démocratie en voie de réhabilitation et conforteraient la stabilité du pays.
Reste maintenant au Chef de l’État équato-guinéen d’en décider du sort de son pays… ! Et peut-être, légiférer dans ce sens.
Tout mon soutien au peuple de Guinée-équatoriale victime de cette horrible agression.
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Manuel Ruben N’dongo
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Fuente: Ruben N´dongo