Le pétrole inspire le silence
Pointée du doigt depuis des lustres par les défenseurs des droits de l´Homme pour ses violations répétées dans ce domaine, la Guinée équatoriale fait à nouveau l´objet de sévères critiques, malgré de timides tentatives pour redorer son blason. Une mission mandatée par le Haut commissariat de l´ONU aux droits de l´Homme a vertement critiqué à la mi-juillet la situation des détenus dans ce petit pays d´Afrique centrale, 3e producteur de pétrole subsaharien.
”La situation générale relative à la privation de liberté continue d´être un sujet de profonde préoccupation”, écrit-elle.
Détentions extra-judiciaires, mauvais traitements pour obtenir des aveux, détenus menottés, voire enchaînés à leur lit, civils jugés par des tribunaux militaires, détenus non enregistrés, non-respect des procédures légales, nourriture et eau insuffisantes... la liste des violations constatées est longue. Le tout sur fond d´”impunité fréquente” de leurs auteurs.
Des critiques qui ne sont pas nouvelles. Amnesty International dénonce depuis longtemps les conditions de détention extrêmement dures à la prison de Black Beach à Malabo, évoquant des détenus affamés ou laissés sans soins.
Durant plus de 20 ans, le représentant spécial sur la situation des droits de l´Homme de l´ONU à Malabo, Gustavo Gallon (Colombie), a fermement dénoncé l´arbitraire que fait régner le régime du président Teodoro Obiang Nguema, qui dirige d´une main de fer le pays depuis 1979.
En Guinée équatoriale, ”toute personne peut être détenue à n´importe quel moment et pour n´importe quel motif, sans aucun recours possible contre une décision arbitraire”, déclarait-il en avril 2002.
Le boom pétrolier et la croissance économique à deux chiffres depuis les années 90 - et dont ne profite pas la grande majorité de la population - ont plus de poids pour faire taire les critiques que les récentes mesures prises par les autorités.
L´adoption fin 2006 par la Guinée équatoriale d´une loi interdisant la torture, quatre ans après avoir ratifié la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, n´a pas eu beaucoup d´effets sur la situation des droits de l´Homme.
Pas plus que les réformes du système judiciaire récemment entreprises ou les séminaires sur les droits de l´Homme organisés depuis peu à l´intention des forces de l´ordre.
Mais les critiques des ONG ou de l´opposition ne trouvent que peu d´écho auprès des capitales occidentales. Le pétrole équato-guinéen est essentiellement exploité par des entreprises américaines. La secrétaire d´Etat américaine Condoleezza Rice a ainsi qualifié en avril 2006 de ”bon ami” le président Obiang, alors en visite à Washington.
La France se fait discrète. Bien qu´hispanophone, la Guinée équatoriale, est membre de la Francophonie et a adopté en 1998 le français comme deuxième langue officielle. Et quelques entreprises françaises, comme France Télécom, s´installent sur le prometteur marché équato-guinéen.
Seule l´ex-puissance coloniale espagnole n´épargnait pas jusqu´à récemment le régime de Malabo.
Mais fin 2006, le chef de la diplomatie espagnole, Miguel Angel Moratinos, estimait que la situation des droits de l´Homme en Guinée équatoriale s´était récemment ”améliorée de manière significative”. Il avait tenu ces propos avant la première visite - controversée - du président Obiang en Espagne en 15 ans.
Publié le 29 juillet 2007.
Fuente: afriquecentrale.info